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Laboratoire participatif : Rapprocher la recherche des réalités du terrain

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09/06/2026

Laboratoire participatif : Rapprocher la recherche des réalités du terrain


L’URPS Médecins Libéraux AuRA propose un dispositif innovant pour rapprocher médecins et scientifiques : le Laboratoire participatif de recherche en santé. En mutualisant savoirs et expériences, cette démarche vise à construire une recherche davantage ancrée dans les réalités du terrain et à produire des connaissances directement utiles à la pratique médicale comme aux patients.

Aux origines de l’initiative

L’URPS (Union Régionale des Professionnels de Santé) Médecins Libéraux assure la représentation de la profession auprès des autorités sanitaires, telles que l’Agence Régionale de Santé (ARS) ou la Conférence Régionale de la Santé et de l’Autonomie (CRSA), tout en portant des projets de santé et en défendant les intérêts des professionnels. Financée par les cotisations URSSAF des 14 500 médecins libéraux d’Auvergne-Rhône-Alpes, l’URPS  s’appuie sur 60 médecins élus et une équipe salariée.

C’est dans ce cadre qu’est né le projet de Laboratoire participatif de recherche en santé, à l’initiative du Dr Jean-François Costemale-Lacoste. À la fois chercheur en neurosciences au sein d’une équipe Inserm et médecin libéral, il fait le constat que la médecine de ville demeure encore peu étudiée par la recherche scientifique. Souhaitant rapprocher ces deux mondes, il imagine un réseau de médecins volontaires capables de collaborer avec des équipes de recherche, pour conduire des études directement ancrées dans la réalité des cabinets médicaux.

L’URPS lui apparaît alors comme le cadre le plus pertinent pour porter ce projet, en raison de sa représentativité et de sa mission de valorisation de l’exercice libéral. Développé progressivement au sein de la structure, le Laboratoire participatif a été officiellement lancé en décembre 2023. Aujourd’hui, près de 320 médecins de la région ont manifesté leur intérêt pour rejoindre l’initiative.

Etude COBALT - webinaire info mai 2026 ©URPS Médecins Libéraux AuRA

Du concept à la pratique

Le Laboratoire participatif de recherche en santé s’appuie sur une équipe opérationnelle composée du dr Danièle Chappuis, médecin généraliste, du Dr Jean-François Costemale-Lacoste, psychiatre,et de 2 chargées de mission de l’URPS, Adeline Loiseau et Fanny Thenard. Elle est accompagnée par un comité scientifique réunissant une quinzaine de membres issus d’horizons complémentaires – scientifiques/chercheurs, médecins libéraux, patient-e-s et représentant-e-s d’associations de patients – et qui a pour mission de veiller au respect des principes fondateurs du dispositif, en approuvant ou non les projets, en apportant des conseils de développement etc.

Jouant un rôle d’interface entre les médecins libéraux et les équipes de recherche, le Laboratoire participatif facilite la rencontre entre les problématiques du terrain et les compétences scientifiques nécessaires pour les étudier. Le scénario le plus courant commence lorsqu’un médecin identifie une question clinique récurrente dans sa pratique et la soumet à l’URPS. L’équipe recherche alors un partenaire académique capable d’y répondre et accompagne la construction d’un protocole de recherche adapté aux réalités du terrain. Des webinaires d’information et de formation peuvent ensuite être organisés afin de recruter les praticiens volontaires et d’affiner les modalités de l’étude. Les inclusions de patients sont réalisées dans le respect des règles éthiques et des procédures d’anonymisation en vigueur et les promoteurs sont les acteurs habituels de la recherche en France (CHU, Universités, unité INSERM …).

À l’inverse, certaines initiatives peuvent être portées directement par des équipes de recherche souhaitant s’appuyer sur le réseau des médecins libéraux. Dans ce cas, un premier temps d’échange permet de confronter le projet aux contraintes de terrain et d’adapter le protocole avant son lancement.

Parmi les projets actuellement menés figure une étude consacrée à la comorbidité entre les troubles bipolaires et le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Cette problématique revêt une importance particulière, certains traitements pouvant améliorer l’un de ces troubles tout en aggravant l’autre. Le projet est né d’une réflexion portée par un médecin libéral de la région, auquel l’URPS a répondu en mobilisant l’équipe de neurosciences PSYR2 du Centre Hospitalier Le Vinatier et le service ECLAH (Equipe de Coordination Lyonnaise du TDAH).

Au-delà de ce projet, le Laboratoire participatif collabore déjà avec plusieurs équipes de recherche régionales dans le cadre de diverses études. Parmi elles figurent l’équipe du Pr Béatrice Fervers, au Centre Léon Bérard, pour explorer les facteurs de risque du cancer du pancréas en AuRA, celle du Dr Romain Ligneul au Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon sur des projets de neuro-imagerie et cognition, ainsi que différentes équipes de santé publique et de prévention à Lyon et Saint-Étienne. Ces collaborations témoignent de la diversité des thématiques abordées et de la volonté à en faire émerger d’autres.

Labo participatif URPS - Soiree 2025 ©URPS Médecins Libéraux AuRA

 

Mobiliser les médecins libéraux

Alors qu’environ un Projet Hospitalier de Recherche Clinique (PHRC) sur deux n’aboutit pas faute d’un nombre suffisant de participant-e-s, l’implication des médecins libéraux apparaît comme un levier majeur pour lever cet obstacle. Dans cette perspective, le Laboratoire participatif de recherche en santé s’attache à mobiliser durablement les praticiens et praticiennes d’Auvergne-Rhône-Alpes, en les accompagnant à chaque étape de leur engagement. Cet accompagnement passe notamment par une information régulière sur les projets en cours, une aide à la sensibilisation des patient-e-s et un soutien dans les démarches liées à la recherche.

Pour autant, intégrer les médecins libéraux à une démarche scientifique représente un véritable changement de culture. Leur activité quotidienne, rythmée par un enchaînement de consultations, laisse peu de place à des tâches complémentaires. Les protocoles doivent donc être conçus pour s’intégrer naturellement à la pratique clinique, grâce à des outils de recueil de données simples, rapides et ergonomiques. Cette démarche implique également de reconnaître pleinement la richesse de leur expertise de terrain, encore insuffisamment prise en compte par la recherche académique. Enfin, la temporalité propre à la recherche, dont les résultats peuvent mettre plusieurs années à émerger, contraste avec l’immédiateté des soins. Maintenir l’engagement des praticien-ne-s dans la durée nécessite donc une rémunération en plus pour leur participation aux projets de recherche.

JF Costemale-Lacoste - Biotuesdays 2026 ©BIOTUESDAYS Métropole de Lyon

 

Faire grandir le dispositif

Après deux années et demie d’existence, le Laboratoire participatif de recherche en santé aborde une nouvelle phase de son développement. L’enjeu principal est de démontrer pleinement la pertinence du modèle. Le lancement récent de la première étude issue du terrain, consacrée à la comorbidité entre trouble bipolaire et TDAH, constitue à ce titre une étape clé. Au-delà de la production de publications scientifiques, cette recherche devrait générer des données inédites et contribuer à valider l’intérêt de l’approche participative en médecine libérale.

Le Laboratoire participatif ambitionne également d’élargir son réseau de praticien-ne-s et de scientifiques impliqués dans la démarche. Si les premiers projets concernent principalement la médecine générale, la psychiatrie, la gastro-entérologie et la chirurgie digestive, l’objectif est d’étendre cette méthodologie à un plus grand nombre de spécialités médicales. Cette dynamique passe aussi par un renforcement des partenariats scientifiques sur le territoire Auvergne-Rhône-Alpes, dans le but de rapprocher les lieux d’inclusion des populations concernées par les études.

À terme, l’ambition est de faire émerger un véritable réseau national de recherche participative en santé, en inspirant d’autres URPS à s’approprier cette démarche. Le Laboratoire participatif entend ainsi contribuer à une meilleure connaissance de la médecine libérale et des réalités de terrain à l’échelle du territoire français. En plaçant médecins et patients au cœur de la production de connaissances, il défend une vision de la recherche plus collaborative, plus ancrée dans la pratique et plus proche des besoins de santé.


Pour en savoir plus :

URPS Médecins AuRA - Laboratoire participatif
Jean-François Costemale Lacoste
laboratoire-participatif@urps-med-aura.fr
https://labo-participatif-sante.fr/

J S. Lopes
© La Gazette du Laboratoire

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