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Quid des perturbateurs endocriniens dans la progression de la MASLD ?

Diag&Santé Endocrinologie

05/21/2026

Quid des perturbateurs endocriniens dans la progression de la MASLD ?

Financé par l’Union européenne, le projet EDC-MASLD vise à explorer le rôle potentiel des perturbateurs endocriniens dans l’évolution de la stéatose hépatique métabolique (MASLD). Partenaire du programme, l’IHU ICAN participe à l’étude de leur impact sur le foie, en tenant compte de facteurs biologiques, socio-comportementaux et cliniques.

IHU ICAN : l’excellence en cardiométabolisme

La Fondation pour l'Innovation en Cardiométabolisme et Nutrition (IHU ICAN) est un Institut Hospitalo-Universitaire dédié à la recherche translationnelle d'excellence sur les maladies métaboliques, telles que le diabète, l’obésité ou la maladie métabolique du foie (MASH). Associées aux pathologies cardiaques, ces affections constituent les maladies cardiométaboliques (MCM), un enjeu majeur de santé publique. Elles représentent la principale cause évitable de maladies cardiovasculaires, première cause de décès chez la femme et deuxième dans la population générale en France, avec plus de 140 000 décès par an.

Créé en 2011, l’IHU ICAN fait partie des 19 IHU labellisés en France. Implanté à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, il s’appuie sur l’expertise de ses fondateurs – l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), l’Inserm et Sorbonne Université – pour mener à bien ses missions. Il s’impose aujourd’hui comme un institut de référence en Europe dans le domaine des maladies cardiovasculaires, métaboliques et nutritionnelles, réunissant scientifiques et clinicien-ne-s de renommée internationale.

L’institut a développé des plateformes technologiques de pointe dédiées à la recherche translationnelle, notamment en imagerie des tissus cardiométaboliques, en intégration de données cliniques et multi-omiques, ainsi qu’en intelligence artificielle. Son objectif est d’accélérer le transfert des avancées scientifiques vers la pratique clinique, afin de proposer une médecine personnalisée, capable de mieux prédire, prévenir et traiter les maladies cardiométaboliques.


Examen par IRM ©IHU ICAN

MASLD : un enjeu majeur pour la santé

La stéatose hépatique associée à un dysfonctionnement métabolique (MASLD) regroupe un ensemble d’atteintes du foie liées à une accumulation excessive de graisses, souvent associée à des problèmes de santé tels que le diabète de type 2, l’obésité ou l’hypertension artérielle.

Avec le temps, cette accumulation peut s’accompagner d’une inflammation et évoluer vers une fibrose. Cette progression marque le passage à une forme plus sévère, la MASH, caractérisée par une inflammation hépatique d’origine métabolique. Aux stades les plus avancés, la fibrose peut conduire à une cirrhose, avec des complications graves comme le cancer du foie. Dans certains cas, une transplantation hépatique devient nécessaire.

Aujourd’hui, la MASLD figure parmi les principales causes de transplantation du foie en Europe et aux États-Unis. Son impact en santé publique s’avère donc majeur, en raison à la fois de sa forte prévalence et de son risque d’évolution vers des formes sévères. Elle touche environ 25% de la population mondiale et 18,2% des personnes en France.

Dans ce contexte de forte prévalence, des études scientifiques ont démontré que cette pathologie peut être aggravée par l’exposition aux perturbateurs endocriniens, qui augmenteraient de 40% le risque de développer une stéatose hépatique.

Le projet EDC-MASLD

Le rôle des perturbateurs endocriniens est de plus en plus reconnu comme facteur de progression de la MASLD. Ils pourraient expliquer pourquoi certains patients voient leur maladie évoluer plus rapidement que d’autres, malgré des profils cliniques similaires. Mieux comprendre leur impact sur le foie est donc essentiel pour améliorer la prévention et la prise en charge de cette pathologie.

C’est pourquoi le projet EDC-MASLD a été lancé en janvier 2024, incluant 15 partenaires de 10 pays européens. Il vise à analyser les effets de l’exposition environnementale à des perturbateurs endocriniens, tels que le bisphénol A (BPA), les phtalates ou les parabènes. Il étudie leurs influences sur le métabolome, le microbiote intestinal, l’épigénome, le protéome, le système immunitaire, ainsi que sur la sévérité des atteintes hépatiques, dans le cadre d’études cliniques. Le projet s’intéresse également aux interactions entre cette exposition et différents facteurs comme le sexe, le profil génétique, l’alimentation, le statut socio-économique ou encore le mode de vie. Ces travaux s’appuient sur les données et échantillons biologiques d’un registre européen de référence, incluant plus de 9 000 patientes et patients atteints de MASLD ayant bénéficié d’une biopsie hépatique, dont environ 600 suivis à l’IHU ICAN.

L’enjeu est de mieux comprendre les mécanismes d’action des perturbateurs endocriniens, dans l’idée de développer de nouveaux outils de détection, mais aussi de proposer des stratégies pour limiter l’exposition et orienter des mesures réglementaires visant à mieux protéger la santé humaine et environnementale.

Examen par fibroscan ©IHU ICAN

Vers de nouveaux biomarqueurs prédictifs

Dans la pratique, le projet EDC-MASLD s’est d’abord concentré sur la mise en place du protocole, l’harmonisation des pratiques entre les centres partenaires et l’obtention des autorisations réglementaires. Il est désormais entré dans la phase d’inclusion de patientes et patients, avec la collecte de données cliniques, biologiques, environnementales et d’imagerie, constituant une étape clé pour l’élaboration d’une cohorte solide et représentative.

Les nouvelles techniques d’imagerie constituent en effet une avancée majeure dans l’évaluation des maladies du foie, s’imposant comme des outils particulièrement pertinents pour ce type d’étude. Là où la biopsie, invasive et difficilement répétable, était longtemps la référence, ces approches permettent aujourd’hui une analyse fine, quantitative et non invasive de la stéatose, de l’inflammation et de la fibrose. Elles offrent ainsi la possibilité de suivre l’évolution de la maladie dans le temps, d’évaluer l’efficacité des traitements et de détecter plus précocement les formes à risque.

Dans le même temps, l’IHU ICAN se consacre à l’exploitation des données déjà recueillies, notamment grâce à des approches multi-omiques. Ces analyses devraient permettre d’identifier des premiers biomarqueurs robustes et de développer des signatures prédictives utiles en pratique clinique, dans le but d’améliorer le diagnostic et le suivi des patient-e-s. À moyen terme, les premiers résultats scientifiques seront partagés, dans la perspective, à plus long terme, de mieux comprendre l’impact des polluants environnementaux sur les maladies du foie et d’intégrer ces connaissances dans une médecine davantage préventive et de précision.


Pour en savoir plus :
Francine Trocme
f.trocme@ihuican.org

IHU ICAN
https://ihuican.org/

EDC-MASLD
https://edc-masld.eu/

J S. Lopes
© La Gazette du Laboratoire

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