Reconnue comme une véritable approche thérapeutique, l’activité physique adaptée post-cancer prend ici une forme originale : l’escrime. Le programme R.I.P.O.S.T.E accompagne les femmes après un cancer du sein, combinant bienfaits physiques, psychiques et sociaux. Déjà plus de 1 000 femmes ont rejoint l’initiative, déployée dans plus de 110 clubs en France et à l’international.
Le programme R.I.P.O.S.T.E – à la fois un terme d’escrime et l’acronyme de « Reconstruction, Image de soi, Posture, Oncologie, Santé, Thérapie, Escrime » – est né de l’intuition de la Dre Dominique Hornus-Dragne, anesthésiste et fleurettiste. Dès 2014, elle imagine l’escrime comme une approche non médicamenteuse prometteuse pour accompagner les patientes atteintes de cancer. L’initiative se structure rapidement avec la création d’une association loi 1901 la même année, renforcée par l’expertise de Daniel Rivière, professeur des universités et praticien hospitalier en physiologie à l’Université de Toulouse.
Les femmes du Programme R.I.P.O.S.T.E ©Mathia Poussel
Un programme structuré et scientifiquement encadré
Dès sa création, le programme R.I.P.O.S.T.E s’inscrit dans une démarche scientifique rigoureuse, structurée autour d’un conseil scientifique présidé par Mathias Poussel, appuyé par un comité national réunissant des expert-e-s en oncologie, médecine du sport, psychologie, chirurgie sénologique et rééducation.
Le programme est développé en partenariat avec la Fédération Française d’Escrime et son institut de formation (IFFE), avec le soutien du Ministère des Sports, des ARS, des comités contre le cancer et de nombreux clubs. Sur le terrain, les actions sont déployées en lien étroit avec les CHU, les ligues contre le cancer et les associations de patientes.
Son protocole de recherche est initialement conçu pour comparer l’absence d’activité physique à la pratique de l’escrime adaptée aux personnes atteintes de cancer du sein, sans contact direct et axée sur la maîtrise du geste ainsi qu’un renforcement musculaire progressif. En 2017, il a évolué pour étudier l’impact du moment de démarrage de l’activité sportive, en comparant une initiation précoce à une plus tardive.
Cette recherche s’appuie sur une étude clinique randomisée multicentrique, avec un suivi à trois et six mois sur dix patientes, intégrant des indicateurs reconnus comme le questionnaire EORTC QLQ-C30 pour la qualité de vie et le score QuickDASH pour la fonction du bras.
Malgré un effectif encore limité, les premiers résultats indiquent un bénéfice en faveur d’une pratique précoce. Les retours des participantes sont également très positifs. Elles perçoivent l’escrime comme une manière de faire face à la maladie : le cancer attaque, elles apprennent à parer (se défendre), puis à riposter (rebondir). Le port de l’uniforme blanc joue aussi un rôle clé, en effaçant les différences physiques et en renforçant le sentiment d’égalité et de cohésion.
Une formation exigeante pour tous les acteurs
Le programme R.I.P.O.S.T.E repose sur une formation certifiante exigeante à destination des maîtres et maîtresses d’armes, intégrant des notions clés d’oncologie, de gestion des effets secondaires et de psychologie post-cancer. Pour obtenir le label R.I.P.O.S.T.E, les clubs doivent respecter une charte stricte incluant, en plus de la formation initiale obligatoire, une formation continue tous les deux ans, une participation aux travaux de recherche, la mise en place de séances dédiées avec prêt gratuit du matériel et un accès sans frais aux séances la première année.
Par ailleurs, tous les ans, une session immersive de trois à quatre jours est organisée au CREPS (Centre de Ressources d’Expertise et de Performance Sportive) de Toulouse, réunissant médecins, kinésithérapeutes, chirurgiens et maîtres d’armes. L’objectif est de mieux comprendre les spécificités du cancer pour adapter la pratique de l’escrime aux patientes.
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Les femmes du Programme R.I.P.O.S.T.E ©Mathia Poussel
Une dynamique qui dépasse les frontières
Le programme R.I.P.O.S.T.E connaît un fort développement, avec plus d’une centaine de salles impliquées en France et près de 1 000 « riposteuses ». Son rayonnement dépasse désormais les frontières, avec des implantations au Luxembourg, en Suisse et en Italie, notamment grâce à l’implication de Daniel Egarozzo, champion olympique de fleuret et médecin. Des maîtresses et maîtres d’armes ont également été formés aux États-Unis et en Écosse.
L’objectif au cœur du programme est de créer un véritable pont entre le monde scientifique, médical et sportif. La présence de nombreux médecins pratiquant l’escrime facilite ce lien. Si l’image parfois élitiste de ce sport peut constituer un frein initial, l’élégance et la technicité de la discipline contribuent rapidement à lever les préjugés. Certaines patientes vont même jusqu’à inscrire leurs enfants à l’escrime après leur expérience.
L’implication des professionnels de santé reste un levier clé. Sensibiliser et mobiliser les médecins autour des bénéfices de l’activité physique est essentiel, notamment à travers des rencontres avec les équipes hospitalières à l’échelle nationale et internationale. Enfin, les associations de patientes jouent également un rôle déterminant, en orientant et accompagnant les femmes vers ce type de programme.
Structurer le parcours de demain
Pour la suite, une étude de plus grande envergure est en cours pour évaluer l’adhésion des patientes à un dispositif d’accompagnement renforcé, comparé à un groupe bénéficiant de simples conseils oraux. L’objectif est de structurer un véritable parcours, de l’orientation vers un centre jusqu’à l’autonomie, en passant par l’intégration au programme R.I.P.O.S.T.E. Cette recherche s’étend sur quatre années, avec deux ans d’inclusion (environ 200 patientes), suivis de deux ans de suivi.
En parallèle, le programme contribue à plusieurs travaux académiques, notamment des mémoires de kinésithérapie et des thèses de médecine. À terme, une étude multicentrique et internationale, impliquant notamment l’Italie et la Suisse, vise à démontrer la reproductibilité du modèle R.I.P.O.S.T.E.
Enfin, l’ambition est d’élargir l’étude à d’autres cancers, y compris masculins, ainsi qu’à diverses pathologies chroniques. Parmi les projets en développement, une initiative autour du sabre est destinée aux enfants atteints d’hémopathies pédiatriques, comme les leucémies et les lymphomes.
Pour en savoir plus :
MadameMonsieur Communication
Clément Dufrenne
cdufrenne@madamemonsieur.agency
https://www.unys-sciences.fr/pour-aller-plus-loin-riposte-au-cancer-du-sein/
J S. Lopes
© La Gazette du Laboratoire